Tricératops

Reptile à trois cornes

Le Triceratops, d'après une reconstitution imaginée par Alain Bénéteau.
Classification Ornithischiens ▸ Chasmosaurinés
Époque Crétacé sup. (68-66 Ma.)
Taille adulte 8 à 9 m long - 4 m haut
Poids 5 à 9 tonnes environ
Vitesse
estimée
25 - 30 km/h
Répartition Amérique Nord
Régime
alimentaire
Herbivore
Date de sa découverte 1887 (George L. Cannon)
868
226 059
1 Wiki

Triceratops est certainement le dinosaure à cornes le plus connu! Quadrupède vivant en Amérique du Nord à la fin du Crétacé, c'était aussi le plus commun de son groupe, le plus grand et le plus lourd, pesant près de 10 tonnes.

Un énorme casque osseux

Son crâne seul, avec sa courte collerette cervicale, mesurait plus de 2 mètres de long. Mais contrairement à d'autres Cératopsidés comme Centrosaurus, Triceratops avait une collerette cervicale constituée d'une lame osseuse pleine. Anatomiquement, cette collerette est constituée par les os pariétal et squamosal hyperallongés. Chez certains individus, des boutons pointus hérisaient les bords de la collerette.

Le Triceratops possédait une corne nasale courte et grosse, ainsi que deux longues cornes frontales, de plus d'un mètre de long. Chez certaines espèces, les cornes frontales étaient plus longues encore et dépassaient le bec. Le noyau osseux de ces cornes pouvait mesurer 90 cm, mais elles devaient être encore plus longues de son vivant à cause des structures cornées qui les recouvraient, comme les bovins actuels.

Rôles des cornes et de la collerette

Le fait que la collerette n'était pas trouée suggère que son rôle principal était pour la défense ou l'attaque plutôt qu'un point d'ancrage pour les muscles des mâchoires. D'ailleurs, beaucoup de crânes, de cornes et de collerettes cervicales ont été retrouvés endommagés et épars. Cela suggère que les Triceratops se battaient entre eux, en entrechoquant leurs cornes et en donnant des coups de lames céphaliques; une partie creuse dans le sommet du crâne amortissait le choc et protégeait le cerveau, le cou étant protégé par la collerette. Des armes utiles également contre les grands prédateurs rôdant à l'époque, les Tyrannosaurus. Confrontés à ces carnivores, le troupeau de Triceratops devait certainement se regrouper, avec ses plus jeunes au centre et les mâles devant le prédateur, qui se retrouvait ainsi face à une rangée de cornes suffisamment puissantes pour être dissuasives. Isolé, un Triceratops pouvait peut-être espérer rester en vie en chargeant son agresseur, comme les actuels rhinocéros, sans forcément aller jusqu'à un impact violent. Un bon coup de corne devait être très dangereux pour les prédateurs.

Vascularisée, cette collerette pouvait sans doute faire office de régulateur thermique, libérant la chaleur ou l'emmagasinant selon que le dinosaure se trouvait à l'ombre ou au soleil.

Mais les cornes des antilopes et celles de nombreux autres grands mammifères ongulés actuels servent également à établir une hiérarchie sociale au sein de ces communautés animales et représentent le moyen de conquérir ou de préserver un territoire, surtout entre mâles (les luttes entre cerfs en sont un bon exemple). La variété dans la forme des cornes et des bois serait donc une parure associée à certains comportements plutôt qu'un simple moyen de décourager les prédateurs. On peut donc imaginer dans ce cas toute une variété de couleurs et de motifs ornant la tête des Triceratops.

Squelette
Reconstitution du squelette de Triceratops horridus, par Scott Hartman.
Croissance
Évolution de la morphologie du Triceratops au cours de sa croissance (d'après Gregory S. Paul).
Cerveau
Localisation de l'endocrâne (cerveau) du Triceratops et estimation de l'angle de posture de la tête permettant de brouter tout en protégeant son cou (Sakagami, 2020).

Capacités intellectuelles

Avec cette tête énorme mais très osseuse, on aurait pu penser que Triceratops avait un tout petit cerveau, d'autant plus que les dinosaures ne sont pas réputés pour leurs capacités cérébrales. Cependant, des moulages de sa cavité endocrânienne (de la taille d'une petite main humaine) montrent que son cerveau n'est pas seulement de bonne taille pour un reptile, mais sa structure est assez complexe, ce qui indique que cet animal n'était pas si "stupide". Les chercheurs qui ont étudié les moulages ont conclu que les grands Cératopsiens étaient plus rapides et plus agiles que les Stégosaures, mais qu'ils étaient plus lents que des Ornithopodes et des Théropodes, avec des sens moins développés. Le Triceratops devait posséder un odorat moins performant que d’autres dinosaures mais il entendait très bien les sons de basses fréquences. De plus, l’orientation de son oreille interne suggère qu’il portait sa tête à 45° du sol probablement pour se défendre avec sa collerette et ses cornes tout en mangeant des végétaux (Sakagami, 2020).

La structure crânienne massive du Triceratops a pu se fossiliser plus aisément que celle d'autres crânes moins robustes. Ainsi, des centaines de spécimens bien préservés ont été récoltés dans l'ouest de l'Amérique du Nord, dont plus de 500 crânes découverts par l'Américain Barnum Brown à la fin du XIXe siècle. L'affluence de fossiles de ce dinosaure a très certainement contribué à la forte popularité dont il jouit aujourd'hui encore, d'autant plus que se retrouver nez à nez avec un crâne (fossile!) de Triceratops, est impressionnant.

La morphologie caractéristique des Cératopsiens

Squelette d'un Triceratops

Le groupe des Cératopsiens, auquel appartient Triceratops, comprend de nombreux dinosaures d'allures variées, mais partageant de nombreux caractères: ce sont de grands animaux quadrupèdes, avec une queue relativement courte car elle n'a plus le rôle de contrepoids (contrairement à la plupart des dinosaures: Tyrannosaurus (T.rex), Apatosaurus, Velociraptor, etc.), leurs membres postérieurs sont robustes, en forme de piliers et beaucoup plus longs que les membres antérieurs. Cette grande différence de longueur conforte l'idée que les grands Cératopsidés dérivent d'ancêtres bipèdes comparables à Psittacosaurus ou Microceratops.

Les membres antérieurs sont donc courts mais solides avec de grandes crêtes osseuses permettant l'insertion de muscles puissants. Ces muscles s'inséraient sur de grandes crêtes osseuses, ce qui a permis une bonne reconstitution de la musculature des membres antérieurs des Cératopsidés. Il marchait sur la pointe des pieds.

Les contraintes imposées à de tels membres antérieurs sont assez claires: la tête étant très lourde, les pattes avant supportaient un poids considérable. De plus, le balancement de cette tête pour brouter et son rôle dans les combats permettent d'en déduire que la puissance et la robustesse des membres antérieurs étaient remarquables. On peut se faire une idée du poids énorme de la tête de ces dinosaures en observant la structure des vertèbres cervicales: les trois premières vertèbres situées juste derrière le crâne sont fusionnées, formant une structure osseuse monobloc, autrement dit une adaptation rigidifiant le cou et permettant de supporter le poids de la tête.

Triceratops mis en scène par l'artiste Raúl Martín, pour le Musée des Sciences de Barcelone (CosmoCaixa).

Une dentition unique

En ce qui concerne son régime alimentaire, les paléontologues ne sont pas encore sûrs. En effet, l'énorme mâchoire portait, en arrière du bec, de longues séries de dents empilées en colonnes serrées. Ce n'étaient pas des molaires à proprement parler, car leur action consistait à glisser verticalement les unes contre les autres, comme de vastes cisailles. Ce système dentaire est unique dans le monde animal. Les végétaux broutés par le Triceratops devaient être extrêmement fibreux, nécessitant d'être hachés, plutôt que d'être broyés par des molaires de type conventionnel. Son menu devait donc se composer de conifères, cycas et plantes à fleurs.

Dans le Montana (aux Etats-Unis), les os de Triceratops et de Tyrannosaurus se rencontrent à quelques mètres du sommet des sédiments les plus récents du Crétacé. Ces dinosaures remarquablement adaptés furent donc parmi les derniers avant la fameuse crise qui vit disparaître les dinosaures non aviens il y a 66 millions d'années.

Une star des enchères et des musées

Quelques exemples d'enchères récentes:

  • 2008 (Christie's, Paris) : squelette de T. horridus, de 7 mètres 50 de long et complet à 70%. Il n'a pas trouvé preneur tout de suite et a fini par être acheté 600 000 € frais compris par un collectionneur américain.
  • 2011 (Sotheby's, Paris) : crâne - invendu
  • 2012 (Hôtel Le Bristol, Paris) : crâne de T. prorsus, complet à 70%
  • 2016 (Drouot, Paris) : corne
  • 2017 (Drouot, Paris) : crâne de 2 mètres 70 d'envergure, vendu 177 800 euros à un chinois
  • 2021 (Drouot, Paris) : Big John, squelette de Triceratops entré dans le Guinness World Records comme le plus grand squelette connu de cette espèce (complet à 60%), vendu pour la somme record de 6,5 millions d'euros à un particulier américain. Depuis, il dort toujours dans ses caisses en attendant que son propriétaire décide du lieu où l'exposer. Sa collerette a été perforée de son vivant par la corne d'un congénère; la blessure n'a pas été mortelle puisqu'il avait commencé à cicatriser avant son décès.

Triceratops fait partie des fossiles de dinosaures les plus exposés dans les musées du monde entier. En France, on en trouve des squelettes par exemple au muséum de Paris, au musée des dinosaures d'Espéraza, au parc Paléopolis ou au musée parc à Mèze.

Triceratops des enchères chez Christie's à Paris en 2008.

Des problèmes de classification...

La division des Cératopsidés d'après la forme de leur collerette est pratique pour les partager, mais la validité de cette séparation fait l'objet de polémiques. La position de Triceratops donne un bon exemple des problèmes engendrés par cette classification: bien qu'il ait effectivement une collerette relativement courte, il ne partage pas tous les caractères des autres formes de son groupe. Il a notamment de longues cornes pointues au-dessus des yeux et une petite corne nasale, ce qui semble être une combinaison typique des formes à collerette longue.

Actuellement, le débat penche plutôt en faveur de l'appartenance de Triceratops aux cératopsiens à longue collerette (les Chasmosauriens). En 2011, un nouveau groupe appelé Triceratopsini est créé pour ranger Triceratops et les autres cératopsiens qui lui ressemblent, comme Ojoceratops et Nedoceratops. Mais il reste un débat non encore tranché: Torosaurus est-il la forme mature de Triceratops ou une espèce à part entière?

Taxonomie

  • Espèces valides: Triceratops horridus (espèce type) et T. prorsus.
  • Autres espèces invalides: T. albertensis, T. alticornis, T. brevicornus, T. calicornis, T. elatus, T. eurycephalus, T. flabellatus, T. galeus, T. hatcheri, T. ingens, T. maximus, T. mortuarius, T. obtusus, T. serratus, T. sulcatus et T. sylvestris.

De nombreux spécimens qui avaient d'abord été décrits comme des espèces séparées sont aujourd'hui rassemblés, de nombreux travaux ayant montré que ce sont soit des variations individuelles normales, soit des jeunes individus, soit un dimorphisme sexuel. Par exemple, T. calicornis, T. elatus, T. flabellatus, T. obtusus et T. serratus correspondent en fait seulement à T. horridus.

Dessin du Triceratops
La vie familiale chez les Triceratops