[2020] Brèves de l'actualité des dinosaures

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On commence l'année 2020 avec cette analyse histologique du fémur et du tibia des deux spécimens "Nanotyrannus", Petey et Jane:

Holly N. Woodward, Katie Tremaine, Scott A. Williams, Lindsay E. Zanno, John R. Horner, Nathan Myhrvold, 2020, Growing up Tyrannosaurus rex: Osteohistology refutes the pygmy “Nanotyrannus” and supports ontogenetic niche partitioning in juvenile Tyrannosaurus, Science Advances Vol. 6, no. 1, eaax6250

https://advances.sciencemag.org/content/6/1/eaax6250

Cette étude suggère que Nanotyrannus est bien, comme beaucoup le soupçonnent, un Tyrannosaurus rex juvénile. Les spécimens sont âgés de 13 à 15 ans et pesaient environ une tonne. Les auteurs proposent donc de fusionner Nanotyrannus avec Tyrannosaurus. Ces découvertes s'ajoutent donc aux quelques spécimens de T. rex juvéniles, et contribuent à mieux appréhender l'ontogénie de cette espèce.

J'en profite pour vous souhaiter à tous une excellente année 2020

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AW Poust, C Gao, DJ Varricchio, J Wu et F Zhang, « A new microraptorine theropod from the Jehol Biota and growth in early dromaeosaurids », The Anatomical Record, American Association for Anatomy,‎ 15 janvier 2020

https://anatomypubs.onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1002/ar.24343

Wulong bohaiensis gen. et sp. nov., un Dromaeosauridae microraptorinae juvénile de Jehol (aptien, crétacé inférieur), proche de Sinornithosaurus. Très bien conservé avec des plumes sur les membres antérieurs et postérieurs et la queue. Des plumes filamenteuses, des pennes et des rectrices ont été identifiées.

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Chure DJ, Loewen MA. 2020. Cranial anatomy of Allosaurus jimmadseni, a new species from the lower part of the Morrison Formation (Upper Jurassic) of Western North America . PeerJ 8:e7803

https://peerj.com/articles/7803/

Une nouvelle espèce d'Allosaurus de la formation Morrisson a été décrite: A. jimmadseni, sur la base de matériel découvert dans les années 90. Elle est un peu plus ancienne que les plus vieux restes de A. fragilis et de dimensions comparables (8 à 9 m de long, 2 tonnes, soit un grand prédateur). Plusieurs autres spécimens d'Allposaurus, dont le subadulte très complet "Big Al", rendu célèbre par un documentaire de la BBC*, ont été assignés à A. jimmadseni sur la base des autapomorphies décrites pour cette espèce.

*https://www.dailymotion.com/video/x5718e1

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Voris, Jared T.; Therrien, Francois; Zelenitzky, Darla K.; Brown, Caleb M. (2020). "A new tyrannosaurine (Theropoda:Tyrannosauridae) from the Campanian Foremost Formation of Alberta, Canada, provides insight into the evolution and biogeography of tyrannosaurids". Cretaceous Research: 104388.

https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0195667119303611

Thanatotheristes degrootorum gen. et sp. nov., un Tyrannosauridae du Campanien (Crétacé supérieur, 80 millions d'années environ) de l'Alberta, décrit sur la base d'un spécimen subadulte. Classé en groupe-frère de Daspletosaurus.

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By Robin R. Dawson, Daniel J. Field, Pincelli M. Hull, Darla K. Zelenitsky, François Therrien, Hagit P. Affek (2020) Eggshell geochemistry reveals ancestral metabolic thermoregulation in Dinosauria. Science Advances Vol. 6, no. 7, eaax9361

DOI: 10.1126/sciadv.aax9361
https://advances.sciencemag.org/content/6/7/eaax9361

Une analyse géochimique sur les coquilles d'oeufs de dinosaures montre qu'ils étaient endothermes.

On avait déjà plusieurs indices suggérant que les dinosaures (non aviens) étaient endothermes, à l'instar des mammifères, des oiseaux et quelques autres vertébrés*. Notamment la disposition leurs vaisseaux sanguins autour des os, similaire à celle des mammifères et des oiseaux. Ici les auteurs ont analysé la coquille des œufs de trois espèces de dinosaures très éloignées les unes des autres: Maïasaura (Hadrosauridé), Magyarosaurus (titanosaure nain) et Troodon (théropode proche des coiseaux), tous du Crétacé supérieur.

L'étude a porté sur la composition du carbonate de calcium composant la coquille des œufs, en l’occurrence la composition isotopique du carbone et de l'oxygène. Pour rappel, les œufs formés dans un organisme à sang froid présentent un plus grand nombre de liaisons 13C- 18O que ceux issus d'un animal à sang chaud.

Pour les trois espèces étudiées, la température corporelle est estimée entre 35°C et 40°C. Pour éviter des biais possibles dus au climat (un animal ectotherme peut atteindre de telles températures corporelles s'il vit sous les tropiques, d'autant que la température était alors plus élevée qu'actuellement), ils ont étudié des dinosaures d'Amérique du Nord (Alberta) et estimé la température moyenne de cette région à 26°C. C'est donc bien par leur métabolisme propre que ces trois animaux maintenaient une telle température corporelle, ce qui confirme qu'ils étaient endothermes. Cela suggère une origine ancienne de l'homéothermie chez les dinosaures.

Une étude antérieure, portant également sur les coquilles d’œufs, avait cependant suggéré que si les titanosaures maintenaient une température corporelle élevée (plus de 37°C), celle de certains théropodes était intermédiaire (autour de 32°C). (Eagle et al., Nature Comm., 2015: https://www.nature.com/articles/ncomms9296)

*(A ce sujet voir le review récente d'un ancien dinonewseur: https://royalsocietypublishing.org/doi/full/10.1098/rstb.2019.0136)

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Xing, L., O’Connor, J.K., Schmitz, L. et al. Hummingbird-sized dinosaur from the Cretaceous period of Myanmar. [Italique]Nature 579, 245–249 (2020). https://doi.org/10.1038/s41586-020-2068-4

https://www.nature.com/articles/s41586-020-2068-4

Oculudentavis khaungraae gen. et sp. nov., l'un des plus petits dinosaures connus, un oiseau de la taille de nos plus petits colibris (2 grammes), âgé de 100 millions d'années environ dont le crâne, long de 7,1 mm, a été retrouvé dans l'ambre au nord de la Birmanie. Il devait mesurer 5 cm de long environ, ce qui indique une miniaturisation de certaines lignées d'oiseaux peu après leur apparition.

La fusion des os crâniens et la morphologie de l'orbite rappelle celle de certains lézards et résulterait d'un processus évolutif de miniaturisation, qui aurait entraîné un renforcement du crâne et un agrandissement des orbites en proportions, permettant de maintenir des capacités sensorielles suffisantes. L'animal aurait été un chasseur diurne de petits invertébrés, contrairement à nos colibris qui se nourrissent de nectar. Il est doté d'un grand nombre de petites dents, supérieur à celui des autres oiseaux de la même époque et s'étendant loin en arrière de la mâchoire. Cette espèce serait sujette au phénomène de nanisme insulaire.

Sa position phylogénétique n'est pas certaine. Il pourrait être un Enanthiornithes (groupe d'oiseaux à dents, diversifié au Crétacé mais aujourd'hui éteint), ou bien il pourrait être plus proche des dinosaures non aviens.

Le fossile dans l'ambre:


Le crâne numérisé. Noter les grandes orbites et les ossicules en forme de cuiller délimitant une petite ouverture centrale, ainsi que les petites dents:

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*dePolo PE, Brusatte SL, Challands TJ, Foffa D, Wilkinson M, Clark NDL, et al. Novel track morphotypes from new tracksites indicate increased Middle Jurassic dinosaur diversity on the Isle of Skye, Scotland. PLOS ONE, 2020 DOI: 10.1371/journal.pone.0229640

https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0229640

Des empreintes de dinosaures datant du Jurassique moyen découvertes sur l’île de Skye, en Ecosse (-170 millions d’années environ). Ce site connaissait alors un climat subtropical et était constitué d’un lagon boueux dans lequel les empreintes ont été figées. Pour rappel, l’île de Skye avait déjà livré des séries d’empreintes de sauropodes et de théropodes (dePolo et al, 2018 : https://sjg.lyellcollection.org/content/54/1/1).

En plus des ornithopodes et des théropodes de tailles diverses, des empreintes de stégosaurien, attribuées à l’ichnogenre Deltapodus, ont notamment été décrites, pour la première fois sur cette île. Cette découverte illustre la période de diversification des principaux clades de dinosaures.




*L’Université nationale de La Matanza (Argentine) a annoncé la découverte de peau fossilisée de Palaeeudyptes gunnari, un manchot disparu de la taille de nos manchots empereurs, datant de l’Eocène (43 millions d’années), remarquablement conservée autours des os sur les deux surfaces de l’aile a été découverte sur l’île Marambio, en Antarctique.



*Je reviens aussi sur ce que j’ai écrit plus haut. Oculudentavis est bel et bien classé comme un oiseau dans tous les cas de figure ; il serait groupe frère du clade comprenant Jeholornis et les Pygostylia (qui regroupent entre autres Confuciusornis, Sapeornis, les Enantiornithes et les oiseaux actuels), hypothèse est la plus vraisemblable, mais il pourrait aussi être un Enantiornithes.

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Voici une vidéo sur la nouvelle étude de Nannotyranus que Thero a cité plus haut.

https://youtu.be/13aQIU1xBhA

Je l'ai aussi partagé ici:
https://dinonews.net/forum/dinos.php?msg=172824&return=1#172824

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*Field, Daniel J.; Benito, Juan; Chen, Albert; Jagt, John W. M.; Ksepka, Daniel T. (2020). Late Cretaceous neornithine from Europe illuminates the origins of crown birds. Nature. 579 (7799): 397–401.
https://www.nature.com/articles/s41586-020-2096-0

Asteriornis maastrichtensis sp. et gen. Nov., un oiseau du Maastrichtien supérieur (-66 millions d’années environ) de Belgique, soit immédiatement avant la crise d’extinction massive Crétacé/Paléogène. C’est l’un des plus anciens représentants indiscutables connus du « crown-group » des oiseaux modernes. Cette découverte remet en question l’hypothèse de l’origine gondwanienne de ce dernier.

Un crâne complet préservé en 3 dimensions et quelques éléments postcrâniens dont un fémur. Cette espèce est proche des Galloanserae, le clade qui comprend notamment les Galliformes, comme les poules, et les Ansériformes comme les canards, oies, cygnes etc… Son anatomie est du reste intermédiaire entre celle des Ansériformes et celle des Galliformes. Cette espèce est en outre caractérisée par une petite taille et des pattes allongées, suggérant un mode de vie plutôt terrestre et en bord de mer. Il devait néanmoins cohabiter avec des oiseaux crétacés plus éloignés de nos oiseaux actuels comme Ichthyornis. Les auteurs suggèrent que ce type d’oiseaux aurait été favorisé par sa petite taille et son mode de vie côtier au moment de l’extinction massive.

*Je reviens encore une fois sur Oculudentavis. Sa classification en tant qu’oiseau est contestée par un certain nombre de chercheurs, qui le considèrent plutôt comme un squamate au regard d’un certain nombre de caractéristiques, dont ses dents pleurodontes.

L’article en préimpression de la réfutation : Li et al (2020), Is Oculudentavis a bird or even archosaur ?
https://www.biorxiv.org/content/10.1101/2020.03.16.993949v1.full.pdf

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Jasinski, S.E., Sullivan, R.M. & Dodson, P. New Dromaeosaurid Dinosaur (Theropoda, Dromaeosauridae) from New Mexico and Biodiversity of Dromaeosaurids at the end of the Cretaceous. Sci Rep 10, 5105 (2020).
https://www.nature.com/articles/s41598-020-61480-7

Dineobellator notohesperus, gen. et sp. nov., un Dromaeosauridae velociraptorinae du Maastrichtien (67 millions d’années environ) du Nouveau-Mexique, de dimensions comparables à celles de son proche parent Velociraptor, décrit sur la base de quelques éléments crâniens et postcrâniens. Les capacités de préhension de ses membres antérieurs auraient été supérieures à celles des autres Dromaeosauridae. Sa queue était également flexible à la base, permettant des changements de direction rapide. Des traces d’insertion de plumes sont été identifiées sur les os des membres antérieurs, ainsi que des cicatrices au niveau des côtes.

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Ibrahim, N., Maganuco, S., Dal Sasso, C. et al. Tail-propelled aquatic locomotion in a theropod dinosaur. Nature (2020).

https://www.nature.com/articles/s41586-020-2190-3

Encore un article sur les adaptations anatomiques de Spinosaurus aegyptiacus au mode de vie aquatique. Ici, il s’agit de vertèbres caudales découvertes au Maroc caractérisées par des épines neurales très allongées suggérant que la queue de l’animal faisait office d’organe de propulsion, à l’instar d’autres vertébrés aquatiques. Cette découverte est bien évidemment en adéquation avec un certain nombre d’études qui avaient déjà suggéré un mode de vie semi-aquatique pour les Spinosauridés en général et cette espèce en particulier, de la composition isotopique des os (Amiot et al., 2010) à l’alimentation piscivore en passant par des adaptations morpho-anatomiques, dont le retrait des narines sur le museau et des membres postérieurs réduits (Ibrahim et al. , 2014). Il s’agit donc du premier dinosaure non avien dont le mode de vie semi-aquatique est désormais avéré.

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Edité le 31/05/2020 à 13:07 par Webmaster

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Reconstitution du Spinosaurus dans son habitat naturel d'après les dernières découvertes cités plus haut: https://www.youtube.com/watch?v=XOm0cK8kQuw
Par contre il ne me semble pas que les pattes palmées ont été confirmés.

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Edité le 31/05/2020 à 13:08 par Webmaster

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Citation de fablespinosaurus: Par contre il ne me semble pas que les pattes palmées ont été confirmés.

Les pattes palmées ne sont pas confirmées chez Spinosaurus car aucune empreinte de palme n'a été découverte

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Edité le 31/05/2020 à 13:19 par Webmaster

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Une vidéo traitant l'actu paléo:

https://youtu.be/Of4w1cWAFhU

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Bon bah, Jurassic Park nous a menti.

https://youtu.be/dBWY1qauKn8

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Citation de Tyrannosaurus rex: Bon bah, Jurassic Park nous a menti.

https://youtu.be/dBWY1qauKn8


Bonjour,
Voici l'article en question: https://dx.doi.org/10.1016/j.palaeo.2020.109780:
Ontogenetic dietary shifts in Deinonychus antirrhopus (Theropoda; Dromaeosauridae): Insights into the ecology and social behavior of raptorial dinosaurs through stable isotope analysis. J.A. Frederickson, M.H. Engel, R.L. Cifelli. Palaeogeography, Palaeoclimatology, Palaeoecology. Volume 552, 15 August 2020, 109780.

Cet article montre que chez les Deinonychus étudiés, les juvéniles ne se nourrissent pas des mêmes proies (principalement des carnivores) que les adultes (principalement des herbivores). Ils se basent sur l'analyse isotopique pour reconstituer leur régime alimentaire.

Les journalistes ont retenu qu'ils se servent de cet argument pour en déduire que Deinonychus ne chassait pas en meute et donc que Jurassic Park avait tort (quand bien même il n'y a pas ce dinosaure dans Jurassic Park).

Rien ne permet vraiment d'affirmer que les dinosaures ne chassent pas en meute avec cet article. On peut démontrer que chez les deux populations étudiées les juvéniles Deinonychus ne vivaient pas avec les adultes (ou en tout cas qu'ils ne partageaient pas leurs repas). Le reste, c'est un point de vue qui peut se discuter.


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Edité le 09/05/2020 à 14:37 par Webmaster

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Merci beaucoup Arnaud.
Citation de Webmaster: (quand bien même il n'y a pas ce dinosaure dans Jurassic Park).

Bien sûr que si, il est, certes, appelé Velociraptor alors que c'est un Deinonychus car Spielberg voulait qu'il soit plus grand.
Mais il n'a pas voulu l'appeler Deinonychus car, selon lui, Velociraptor est un nom plus dramatique

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Et beaucoup plus facile a prononcer

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Oui, aussi.

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Oui car en réalité les vélociraptors était pus semblables à des troodons pour leur petite taille.