Allosaurus

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lézard différent
Classification Saurischiens>Allosauridés
Epoque Jurassique sup. (146-135 Ma.)
Taille adulte 10 à 14? m long - 3 m haut
Poids 1 à 3 tonnes
Vitesse
estimée
35 km/h max.
Répartition Etats-Unis, Portugal, France?
Régime
alimentaire
Carnivore
Date de sa découverte 1869
Allosaurus fragilis: BigAL Two
Allosaurus fragilis: spécimen Big Al Two exposé au Saurier Museum d'Aathal (photo: DinoNews.net).

Allosaurus ressemble au Tyrannosaurus rex, en version plus petite, le bon gros prédateur bipède auquel le grand public pense lorsque l'on parle de dinosaures... Cependant, Allosaurus n'a pas été acteur du film Jurassic Park. Pourtant, il devait être plus agile et plus rapide que le T. rex, ce qui lui donnait de bonnes aptitudes pour chasser ses proies, il était même capable de leur bondir dessus. Allosaurus est le dinosaure théropode dont on a découvert le plus de fossiles, dont certains squelettes quasi complets.

Taille comparée d'Allosaurus avec un humain
Différents spécimens d'Allosaurus comparés à un humain d'1,8 m (© Scott Hartman).
Du plus grand au plus petit: Epanterias amplexus, environ 12 mètres (espèce rattachée aujourd'hui à A. fragilis); spécimen AMNH 680; taille moyenne d'A. fragilis; spécimen MOR 693 (Big Al), d'environ 7,5 mètres (et d'une masse de 1,5 tonne selon Bates et al. en 2009). La silhouette de l'homme n'est là que pour se rendre compte des proportions, elle ne signifie pas bien sûr que les humains ont pu rencontrer Allosaurus à un moment ou à un autre...

 

Squelette d'Allosaurus, selon Scott Hartman
Reconstitution du squelette d'Allosaurus, par Scott Hartman.

La découverte d'empreintes fossilisées de pas attribuées à Allosaurus a permis d'estimer entre autre sa vitesse ainsi que son gabarit. Ainsi, Allosaurus devait se déplacer à 8 km/h environ. Les études de simulation lui donnent une vitesse de pointe de près de 35 km/h (Sellers, 2007), ce qui lui permettait de courser ses repas, même s'il ne s'agissait pas de poursuites à grande vitesse.
La nature de ses proies et ses habitudes prédatrices sont encore sujettes à débat. Allosaurus devait sans doute s'attaquer aux grands ornitischiens comme Camptosaurus et Stegosaurus, ainsi qu'aux gros sauropodes comme Apatosaurus et Diplodocus, c'est-à-dire les principaux dinosaures herbivores de l'époque, sans délaisser les plus petits théropodes, lézards et mammifères. Il n'est pas exclus qu'il se soit nourri de charognes s'il en avait l'occasion, comme la plupart des grands prédateurs actuels, voire de proies volées aux plus petits théropodes.

Les trois griffes acérées à chaque patte lui permettaient de manipuler ses proies et de s'y agripper. Cependant, des études ont montré que la pression exercée par les mâchoires d'Allosaurus était assez faible, il devait donc donner de grands coups de tête vers le bas pour trancher de la chair.

Il existe des preuves de prédation d'Allosaurus. Ainsi, il existe une vertèbre caudale (UMNH 10781), dont une partie du processus transverse manque. L'os montre que du vivant de l'animal, cette partie s'est cassée, mais que l'Allosaurus n'est pas mort de ce coup, puisqu'il a vécu suffisamment longtemps après pour qu'une partie de l'os cicatrise autour de la blessure. Carpenter et al. (2005) a montré que cet Allosaurus a en fait reçu un coup de l'extrémité pointue de la queue d'un Stegosaurus (appelée le thagomizer), lui cassant cette vertèbre, sans doute lors d'une attaque du Stegosaurus par l'Allosaurus.

Allosaurus en chasse...
Allosaurus à la chasse aux sauropodes: reconstitution d'une scène de prédation jurassique, par Alain Bénéteau.

Allosaurus est un "carnosaure" (terme aujourd'hui remplacé par: Allosauroïdé) qui a vécu principalement dans ce qui correspond aujourd'hui à l'Amérique du nord (où il était sans doute contemporain de Ceratosaurus), mais il a également été découvert jusqu'en Europe de l'Ouest: des restes attribués à une nouvelle espèce, A. europaeus, ont été mis à jour dans la formation Lourinhã du Portugal, similaire à la célèbre formation Morrison des Etats-Unis (Mateus et al., 2006). Quant à la France, une mâchoire inférieure et supérieure (dentaire et maxillaire), attribuée à un Allosauroidea a été découverte dans les falaises des Vaches Noires, mais impossible de savoir s'il appartient bien au genre Allosaurus, le fossile n'étant pas assez complet. De même pour des restes retrouvés à Montmirat dans le Gard (griffes, côtes). Peut-être a-t-il alors rencontré Archaeopteryx, puisqu'ils ont vécu en même temps.

La présence d'un même dinosaure en Amérique du Nord et en Europe de l'ouest n'est pas si surprenante que cela puisqu'au Jurassique, l'océan Atlantique commençait tout juste à s'ouvrir et que l'Amérique du Nord et l'Europe de l'ouest formaient une même masse continentale, la Laurasie. Il était donc possible à Allosaurus de parcourir à pied ces continents aujourd'hui séparés. Des restes découverts en Australie ont été attribués à Allosaurus (Molnar et al., 1981), mais il s'agirait plutôt d'un Allosauroïdé similaire à Fukuiraptor.

Allosaurus europaeus Allosaurus vs Lexovisaurus
Allosaurus europaeus (Mateus et al., 2006) et une reconstitution d'un combat d'un Allosaure avec un stégosaure français, Lexovisaurus, par Alain Bénéteau.

Le crâne d'Allosaurus présente plusieurs particularités. En dehors du fait qu'il est bien plus long que la plupart des autres théropodes (de 60 à 90 cm), la première particularité est la présence d'un nombre important de fenêtres, d'ouvertures, de cavités osseuses (la cavité nasale est d'ailleurs l'une des plus grandes de tous les théropodes). Ces ouvertures allègent considérablement le poids du crâne, le rendent facilement maniable, sans pour autant sacrifier la solidité et la résistance de l'ensemble. De nombreuses chambres sont également présentes au niveau des vertèbres, tout comme celles des oiseaux. On peut donc penser qu'Allosaurus et les autres Allosauroïdés possédaient d'importants sacs aériens, similaires à ceux des oiseaux actuels. Aerosteon en est par exemple une autre preuve. Comme les Allosauroïdés ne sont pas les parents des oiseaux, cela montre que la présence de sacs aériens complexes est un caractère issu d'un ancêtre commun. Certains théropodes plus basaux en possèdent également (Majungatholus...), mais leurs sacs aériens ne sont pas aussi modernes que ceux des Allosauroïdés. Cela montre en tout cas que la plupart des théropodes devaient en posséder.
Deuxième caractéristique du crâne d'Allosaurus: la présence d'une paire de crêtes au sommet du crâne, en avant des yeux. Le centre de cet os comporte une cavité, à l'utilité incertaine (glande à sel?). La position de cette excroissance crânienne plaide en faveur d'un signal de communication entre individus. Peut-être était-elle assez colorée et permettait aux Allosaurus de se reconnaître ou de distinguer mâles et femelles? Ces proéminences étant plus ou moins saillantes selon les squelettes, il est possible qu'il s'agisse d'un cas de dimorphisme sexuel chez Allosaurus.

Un squelette d'Allosaurus est exposé en permanence au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris (Galerie d'anatomie comparée et de paléontologie). Lors d'une interview, Ronan Allain nous parlait des perspectives de modernisation de la galerie et donc du sort du squelette d'Allosaurus. Il nous confirmait qu'il voyait en cet allosaure une caricature du gros dinosaure méchant, avec les jambes écartées, les bras écartés, la bouche ouverte... Depuis cette reconstitution, on sait en effet que la posture de l'Allosaurus ne correspond pas à cette allure dressée, mais au contraire, la queue devait être dans le prolongement du corps, la tête légèrement sur-élevée. Les représentations des dinosaures théropodes ont évolué ces dernières années et les squelettes exposés dans les musées ne sont pas toujours en accord avec ces découvertes. Ce squelette exposé au Muséum de Paris est en tout cas un exemple des conceptions passées, un témoin de l'histoire des sciences.

Allosaurus au MNHN (Paris) Allosaurus reconstitué par M.Fontaine
Allosaurus fragilis au Muséum National d'Histoire Naturelle (Paris): le squelette exposé dans la galerie, dans une posture erronée et sa reconstitution plus proche de la réalité, par Michel Fontaine (échelle 1/20, 1998). Photos: Arnaud Salomé - DinoNews.net

Allosaurus au Natural History Museum of Utah Allosaurus au Natural History Museum of Los Angeles
1ère photo: Allosaurus au Natural History Museum of Utah (photo: Brian Switek).
2e photo: Allosaurus face à Stegosaurus, au Natural History Museum of Los Angeles (source).

De très nombreux squelettes d'Allosaurus ont été découverts. Il n'existe cependant que deux espèces valides d'Allosaurus: A. fragilis (décrite en 1877) et sans doute A. europaeus (décrite en 2006). Certains spécimens intéressants ont été attribués à l'espèce A. "jimmadseni", mais les études taxonomiques incomplètes ne permettent pas d'en donner un nom officiel.

Parmi les individus attribués à Allosaurus "jimmadseni" figure un juvénile de 4 mètres de long. Il a été découvert avec des traces de peau fossilisée, consistant en de larges écailles de 2-3mm, sur une surface de 300mm2 (Pinegar et al., 2003).

Un spécimen surnommé Dracula fait également partie de Allosaurus "jimmadseni". Long de 9 mètres et complet à 70-75%, son crâne présente l'intérêt de ne pas être déformé et d'avoir été retrouvé en connexion anatomique, avec ses dents encore en position dans les mâchoires. Environ 70 dents garnissaient la gueule d'Allosaurus, mais on les retrouve rarement en place. D'une part parce que du vivant de l'animal elles tombaient assez régulièrement (par exemple suite à des chocs ou lorsqu'il se nourrissait). D'autre part parce qu'une fois l'animal mort, les dents n'étant plus maintenues par les gencives, organe mou qui ne se fossilise pas, elles finissent par se déchausser. Dracula présente donc un exemple rare de dentition complète et en position anatomique. Comme beaucoup de théropodes, les dents d'Allosaurus étaient toutes recourbées vers l'arrière, ce qui permettait par exemple de mordre une proie en l'empêchant de s'échapper. La dentition est de type zyphodonte, c'est-à-dire que les dents sont applaties latéralement, leurs bords postérieurs et antérieurs sont crénelés, comme la lame d'un couteau.
Seule une dent de Dracula est cassée. Ses découvreurs l'expliquent par le fait que son squelette a été retrouvé complètement enmêlé avec celui d'un stégosaure, surnommé Fantasia, et appartenant à l'espèce Stegosaurus mjosi. Les esprits se sont enflammés et ont vu le dernier combat d'un allosaure contre un stégosaure, digne d'un film de Hollywood. Tout ce que l'on peut dire c'est que la carrière constituait une zone d'alimentation, que le stégosaure et l'allosaure ont vécu en même temps et sont sans doute restés prisonniers d'une sorte de sables mouvants. L'enfouissement rapide et le sédiment ont permis une conservation des os en très bon état et en connexion anatomique. Les squelettes des dinosaures Dracula et Fantasia ont été mis en vente aux enchères en 2011 avec un prix de réserve de 2,5 millions de dollars. On comprend mieux les efforts de mise en scène...

Crâne de l'Allosaurus Dracula The Fighting Pair
Dracula, l'Allosaurus. 1ère photo: moulage exposé au Saurier Museum d'Aathal (photo: Arnaud Salomé - DinoNews.net); 2e photo: spécimen reconstitué mis en vente aux enchères en 2011 à côté du stégosaure avec lequel il a été découvert (l'ensemble a été appelé The Fighting Pair)...

Allosaurus en vente aux enchères (Sotheby's France, 2010)
Le squelette d'Allosaurus mis en vente aux enchères chez Sotheby's France le 5 octobre 2010.

"DINO 11541" est un spécimen sub-adulte de Allosaurus "jimmadseni", de 5,6 mètres de long. Il possède de nombreuses côtes ventrales (que l'on appelle "gastralia"), qui permettent normalement de solidifier la paroi abdominale et protéger les viscères. Très fragiles, les côtes ventrales se fossilisent mal et ne sont pas retrouvées dans la plupart des cas. Les côtes gastrales de ce spécimen sont tellement cassées que les paléontologues ont d'abord pensé qu'elles étaient constituées de plusieurs éléments. Après étude plus détaillée, D. Chure (2000) a montré qu'il s'agit en fait d'un seul os ressoudé après fractures. Ces blessures peuvent être le résultat de luttes avec des proies ou de comportements spécifiques tels que des ruades ou des coups de tête contre les flancs.

Allosaurus, par Joe Tucciarone Allosaurus (uua.cn)
Allosaurus vu par différents artistes.

 

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