Genusaurus

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Fiche descriptive

¤ Etymologie du nom: "Du Latin genu (un diminutif de geniculum), signifiant genou, et du Grec sauros, lézard. Le nom de ce dinosaure se réfère à la crête cnémiale (qui participe au genou de l’animal) très développée du tibia de ce dinosaure."

¤ Position dans la classification: Abelisauroidea (Abelisauridae probable)

¤ Eres géologiques: Crétacé inférieur (Albien moyen : ~ 105 millions d’années)

¤ Taille estimée: ~ 3 m de long

¤ Poids estimé:

¤ Régime alimentaire: carnivore

¤ Répartition géographique: Alpes-de-Haute-Provence : Bevons (près de Sisteron), France.

¤ Découvert en:

Genusaurus sisteronis, fémur gauche en vues antérolatérale (A), postéromédiale (B), antérieure (C) et proximale (D).


Les différentes espèces

L’espèce fait référence à la ville de Sisteron près de laquelle fut trouvé le spécimen.


Inventaire des fossiles retrouvés

  • MNHN, Bev.1 (Holotype), un squelette partiel composé d’un ilion gauche, l’extrémité proximale du pubis droit, le fémur gauche, les extrémités proximales du tibia gauche et de la fibula gauche, un tarse, un centrum de vertèbre sacrée, et sept centra de vertèbres dorsales.


Découverte

  • Les premiers restes de Genusaurus (les extrémités proximales du tibia gauche et de la fibula gauche) furent découverts en 1984 par Hugues Accarie, Bernard Beaudoin et Gérard Friès lors d’une étude de terrain pour la réalisation d’une carte géologique des environs de la commune de Bevons près de Sisteron dans les Alpes-de-Hautes-Provence. Une nouvelle recherche sur le site en Septembre 1986 permis à Gérard Friès, Jean-Guy Michard et Philippe Taquet, de découvrir des éléments supplémentaires du même animal (un tarse, le fémur gauche, l’ilion gauche et une vertèbre sacrale). Puis lors de deux autres visites, furent mis au jour sept centra articulés de vertèbres dorsales et cinq fragments de neurapophyses. Les efforts pour découvrir le reste du squelette restèrent vains et il est probable, selon Accarie et al. (1995), que l’érosion détruisit une grande partie du squelette avant la découverte de celui-ci. Les ossements (tel le fémur) ont également subi un écrasement plus ou moins important lors de la compaction sédimentaire. À en juger par l'ossification incomplète de la lame iliaque et des vertèbres, ce spécimen serait un individu subadulte dont la taille est estimé à environ 3 m de long.


Noasauridae ou Abelisauridae ?

Genusaurus sisteronis, ilion gauche et extrémité proximale du pubis gauche en vue latérale.
  • Accarie et al. (1995), définirent Genusaurus sur une seule caractéristique : une crête cnémiale du tibia extrêmement développée. Ils considérèrent cet animal comme le premier représentant des Ceratosauria trouvé dans les terrains du Crétacé (en 1995, on connaissait déjà les abélisauridés, mais ceux-ci n’étaient pas encore nécessairement vus comme des cératosaures du Crétacé). Accarie et al. ne placèrent toutefois pas Genusaurus dans un groupe particulier de cératosaures, mais ils notèrent des ressemblances avec les Coelophysoidea.
  • La position systématique de Genusaurus est restée mystérieuse jusqu’à la fin des années 2000, période durant laquelle on lui trouva des affinités avec les Abelisauroidea. Carrano et Sampson (2008) font remarquer que les restes de Genusaurus ne présentent aucun caractères diagnostiques permettant de le distinguer d’autres abélisauriens. Le grand développement de la crête cnémiale du tibia est en effet aujourd’hui un caractère commun à tous les Abelisauroidea. Bien que les restes de Genusaurus soient fragmentaires et non diagnostiques, Carrano et Sampson l’acceptent comme un taxon valide en raison de son âge, de sa provenance et de sa petite taille (en attendant aussi la découverte d’un spécimen plus complet). Si les auteurs actuels s’accordent sur l’appartenance de Genusaurus aux Abelisauroidea, les avis divergent concernant son inclusion dans l’une ou l’autre des deux familles de ce groupe que sont les Noasauridae et les Abelisauridae.
  • Carrano et Sampson (2008) ont identifiés Genusaurus comme un Noasauridae sur la base de la présence d’un rebord hypertrophié le long du bord antéromédial de la diaphyse du fémur, et un condyle fibulaire bulbeux du fémur. Plus tard, Carrano et al. (2011) pensent confirmer l’appartenance de Genusaurus aux Noasauridae en identifiant des ressemblances au niveau du bassin avec le Masiakasaurus de Madagascar (le plus complet des noasauridés). L’ilion, en particulier, montre une articulation pour l’ischion en forme de cheville, et montre aussi le même système d’attache pour les côtes sacrales que Masiakasaurus. L’extrémité proximale du pubis est également fusionnée à l’ilion de façon analogue à ce qui observé chez Masiakasaurus.
  • Plus récemment, Tortosa et al. (2014) identifient eux Genusaurus comme un Abelisauridae basal sur la base d’un fémur avec un plateau trochantérien réduit à un bas monticule distolateral au trochanter antérieur ; un épicondyle médial formant une saillie osseuse développée médiodistalement ; et un tibia possédant une crête cnémiale fortement élargi et élevée au-dessus de la surface articulaire proximale, et ventralement élargi, donnant à cette crête cnémiale une forme de hache. Filippi et al. (2016) le classent parmi les Majungasaurinae.

Sans la découverte d’un squelette plus complet et mieux conservé, il sera difficile de trancher de façon définitive en faveur de sa position phylogénétique.


Paléobiogéographie

  • Selon Tortosa et al. (2014), Genusaurus pourrait appartenir à une lignée européenne d’abélisaures de petite taille. Cette lignée d’abélisaures nains, présente sur l’archipel européen dès la fin du Crétacé inférieur (Albien) avec Genusaurus, aurait persistée jusqu’au Crétacé supérieur avec des formes reliques telles qu’une forme indéterminée du Santonien de Hongrie (île Australpine), le Tarascosaurus du Campanien inférieur du sud de la France (île Ibero-Occitane), et le Betasuchus du Maastrichtien des Pays-Bas (île Rheno-Bohemienne). A partir du Campanien, ces abélisaures nains cohabitent, au moins sur l’île Ibero-Occitane, avec des abélisauridae de plus grandes tailles, les Majungasaurinae (tel Arcovenator). Ces derniers sont peut être arrivés sur cette île à la suite d’un évènement migratoire beaucoup plus récent entre l’Europe et l’Afrique. Ces théories demandent toutefois à êtres testées par la découverte d’abélisaures plus complets dans ces différentes régions d’Europe.


Environnement

  • Les restes de Genusaurus furent découverts dans des sédiments marins, et le fait que ses ossements furent retrouvés en connexion anatomique implique que les chairs de l’animal étaient encore présentes lors de son enfouissement. Il s’agit donc d’un cadavre qui fut probablement charrié par un fleuve d’une terre émergée jusqu’à la mer (les fleuves peuvent également transporter en milieu marin des ossements isolés, mais ce n’est pas le cas ici). Il semble que l’enfouissement des os n'a pas eu lieu immédiatement comme en témoignent les traces de corrosion sur les vertèbres et la face médiale de l'os iliaque. Les ossements de Genusaurus étaient associés à des fossiles d’huîtres, des fragments de bois silicifiés, ainsi qu’à une abondante microflore comprenant des pollens et des spores. Ces restes végétaux indiquent qu’une terre émergée devait être très proche de l’endroit où le squelette de Genusaurus fut enfoui. Il devait s’agir d’une île au paysage boisé comprenant principalement des fougères et des conifères. Parmi ces derniers, ont été reconnus des représentants de groupes encore présents de nos jours comme les pins, araucarias, et podocarpes (les deux derniers étant de nos jours principalement répandus dans l’hémisphère sud), mais aussi des formes disparues comme les Cheirolepidaceae. Ces flores indiquent un climat tempéré à chaud, et plutôt humide (Accarie et al., 1995).


Publications

  • Accarie, H., Beaudoin, B., Dejax, J., Friès, G., Michard, J.-G. & Taquet, P. (1995). Découverte d’un Dinosaure théropode nouveau (Genusaurus sisteronis n. g., n. sp.) dans l’Albien marin de Sisteron (Alpes de Haute-Provence, France) et extension au Crétacé inférieur de la lignée cératosaurienne. Compte Rendus de l’Academie des Sciences, Paris, série IIa 320: 327-334.
  • Carrano, M.T. and Sampson, S.D. (2008). The phylogeny of Ceratosauria (Dinosauria: Theropoda). Journal of Systematic Palaeontology 6(2):183-236.
  • Carrano, M.T., Loewen, M.A., & Sertich, J.J.W. (2011) New materials of Masiakasaurus knopfleri Sampson, Carrano, and Forster, 2001, and implications for the morphology of the Noasauridae (Theropoda: Ceratosauria). Smithsonian Contributions to Paleontology, v. 95, p. 1-53.
  • Tortosa, T., Buffetaut, E., Vialle, N., Dutour, Y., Turini E., & Cheylan, G. (2014). A new abelisaurid dinosaur from the Late Cretaceous of southern France: Palaeobiogeographical implications. Annales de Paléontologie, vol. 100, Issue 1, p.63-86.
  • Leonardo S. Filippi; Ariel H. Méndez; Rubén D. Juárez Valieri; Alberto C. Garrido (2016). A new brachyrostran with hypertrophied axial structures reveals an unexpected radiation of latest Cretaceous abelisaurids. Cretaceous Research. 61: 209–219. doi:10.1016/j.cretres.2015.12.018.